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HAZRAT INAYAT KHAN L’art de la personnalité Question: Comment peut-on améliorer sa personnalité? Réponse: La meilleure façon est de développer en soi l'amour de la beauté par l'admiration de la beauté dans la nature humaine. Si nous apprenons à apprécier et à admirer cette beauté de la nature humaine, et si nous recevons l'impression de tout ce que nous admirons, alors tout cela devient, pour ainsi dire, notre propriété. De cette manière, nous pourrons nous faire une collection magnifique grâce à ce que chaque personne peut offrir. Lorsqu'on est porté à critiquer et que l’on est incapable d'approuver, notre personnalité ne peut progresser. Car lorsque nous regardons ses mauvais côtés et que nous négligeons les bons, nous perdons la meilleure occasion que nous offre la vie de nous enrichir de toute la beauté d'une personne. Mais si nous trouvons quelque bien dans chacun, nous pouvons le prendre et en faire collection, et ainsi nous développons notre goût de l'art. Tout comme cet homme qui alla d'ici en Chine et en diverses contrées y trouva les meilleures œuvres d'art, les collectionna et puis en fit un musée, le Musée Guimet. Si, dans le domaine matériel, un homme peut faire cela, dans un domaine plus élevé, on peut le faire aussi. Chaque être a quelque chose de bien. En le prenant, nous ne dérobons pas son bien. En l'appréciant, il nous devient plus cher, et ainsi nous nous enrichissons de plus en plus. Celui qui a ainsi fait collection de beauté a acquis de ce fait une belle personnalité. Et ce procédé n'a pas de fin. On peut même trouver quelque beauté dans l'individu le plus ordinaire et dans une personne méchante. Nous pouvons apprendre de chacun si seulement nous avons le désir d'apprécier et de trouver le bien en lui et, si le bien est caché, de tâcher de le mettre à jour. Que faut-il pour faire venir au jour le bien d'un autre? Il faut la monnaie qui a cours. Quelle est cette monnaie? La bonté que nous avons en nous-mêmes. Donnons cette monnaie, et nous recevons la bonté qui était cachée L’ALCHIMIE DU BONHEUR L'âme, dans la langue sanskrite et en termes de Vedanta, est appelée «Atman», ce qui signifie le bonheur ou la félicité même; ce n'est donc pas que le bonheur appartienne à l'âme, mais que l'âme est elle-même bonheur. Aujourd'hui, nous confondons souvent le bonheur avec le plaisir. Le plaisir est seulement une illusion de bonheur, une ombre du bonheur, et dans cette illusion, l'homme passe peut- être la totalité de sa vie, cherchant le plaisir et ne trouvant jamais satisfaction. Il y a un dicton hindou suivant lequel l'homme recherche le plaisir et récolte la douleur. Tout plaisir, qui est un semblant de bonheur dans son apparence extérieure, promet le bonheur, car c'est l'ombre du bonheur; mais tout juste comme l'ombre d'une personne n'est pas la personne, et pourtant représente la forme de la personne, ainsi le plaisir représente le bonheur, mais ne l'est pas en réalité. En considérant cette idée, on constate qu'il y a rarement des êtres en ce monde qui savent ce qu'est le bonheur; ils sont en général toujours déçus par une chose après l'autre; mais la nature de la vie dans le monde est telle, elle est si trompeuse, que si l'homme était déçu mille fois consécutives, il continuerait pourtant dans la même voie, car il n'en connaît pas d'autre. Plus nous étudions la vie, plus nous constatons à quel point il est rare de rencontrer un être qui puisse dire honnêtement: «Je suis heureux». Presque chaque personne, quelle que soit sa situation dans la vie, dira qu'elle est malheureuse d'une façon ou d'une autre, et si vous lui en demandez la raison, elle dira sans doute: «Je ne puis atteindre cette situation, ce pouvoir, cette fortune, ces possessions ou ce rang pour lesquels j'ai travaillé tant d'années». Peut-être est-elle avide d'argent et ne se rend-elle pas compte que les possessions n'apportent pas la satisfaction; ou peut-être dit-elle qu'elle a des ennemis, ou que ceux qu'elle aime ne l'aiment pas. Il y a mille excuses que la raison raisonnante forgera pour expliquer l'absence de bonheur. Mais une seule de ces excuses est-elle entièrement exacte? Croyez-vous que même si ces gens réalisaient leurs désirs, ils seraient heureux? S'ils possédaient tout, ces choses suffiraient-elles? Non pas, car ils trouveraient encore quelques excuses à leur absence de bonheur; et toutes ces excuses ne sont que des écrans devant les yeux de l'homme, car, au tréfonds de lui-même il y a la nostalgie du vrai bonheur qu'aucune de ces choses ne peut donner. Celui qui est vraiment heureux, est heureux partout: dans un palais ou une chaumière, dans les richesses ou la pauvreté, car il a découvert que la fontaine du bonheur se trouve dans son propre cœur. Aussi longtemps qu'une personne n'a pas trouvé cette fontaine, rien ne lui donnera le vrai bonheur. L'homme qui ne connaît pas le secret du bonheur développe souvent l'avidité: il veut des centaines de mille, et quand il les obtient, il n'est pas satisfait, il veut des millions; et il n'est pas encore satisfait, et veut de plus en plus. Si vous lui donnez votre sympathie et votre service, il est néanmoins encore malheureux; tout ce que vous possédez n'est pas suffisant, même votre amour ne l'aide pas, car il cherche dans une mauvaise direction, et la vie elle-même devient alors tragédie. Le bonheur ne peut être acheté ou vendu, et vous ne pouvez pas davantage le donner à quelqu'un qui ne le possède pas. Le bonheur est dans votre être même, dans votre propre moi, ce moi qui est la chose la plus précieuse de la vie. Toutes les religions, tous les systèmes philosophiques ont enseigné à l'homme, sous diverses formes, la manière de le trouver par la voie religieuse ou par la voie mystique; et tous les sages ont sous une forme ou sous une autre, donné une méthode grâce à laquelle l'individu peut trouver ce bonheur que cherche l'âme. Les sages, les mystiques, ont appelé ce processus: alchimie. On trouve dans les histoires des «Mille et Une Nuits», qui symbolisent ces idées mystiques, la croyance qu'il y a une «pierre philosophale» capable de changer les métaux en or par un procédé chimique. Il est certain que cette idée symbolique a égaré les hommes aussi bien en Orient qu'en Occident; beaucoup d'entre eux ont pensé qu'il existe un procédé par lequel on peut produire de l'or. Mais telle n'est pas l'idée des sages: la recherche de l'or est pour ceux qui sont encore des enfants. Pour ceux qui ont conscience de la réalité, l'or signifie la lumière ou l'inspiration spirituelle. L'or porte la couleur de la lumière, c'est pourquoi une poursuite inconsciente de la lumière a fait que l'homme recherche l'or. Mais il y a une grande différence entre l'or véritable et le faux. C'est la nostalgie de l'or véritable qui fait que l'homme amasse l'or d'imitation, ignorant que l'or véritable réside au-dedans de lui-même. Il satisfait de cette façon la soif de son âme, comme un enfant se satisfait de jouer avec des poupées. Mais cette compréhension ne dépend pas de l'âge d'un homme. Un individu peut être avancé en âge et peut encore jouer avec des poupées; son âme peut s'occuper à la recherche de cet or d'imitation; tandis qu'un autre dès sa jeunesse peut commencer à voir la vie sous son aspect réel. Si l'on étudiait la nature transitoire de la vie dans le monde, et combien elle est changeante, et la nostalgie constante de chacun pour le bonheur, on s'efforcerait à coup sûr, quoi qu'il arrive, de trouver quelque chose dont on puisse dépendre. L'homme, placé au milieu de ce monde constamment changeant, recherche cependant la constance et l'apprécie quand il la voit, mais il ne sait pas qu'il doit développer en lui-même la nature de la constance; la nature de l'âme est d'estimer ce dont on peut dépendre. Mais réfléchissez: y a-t-il quelque chose au monde dont on puisse dépendre qui soit au-dessus du changement et de la destruction? Tout ce qui est né, tout ce qui est construit, doit un jour rencontrer la destruction; tout ce qui a un commencement a aussi une fin; et s'il y a quelque chose dont on puisse dépendre, c'est l'étincelle divine, la vraie pierre philosophale, cachée dans le cœur de l'homme, cet or véritable qui est l'être le plus intime de l'homme. Si une personne suit une religion et n'est pas arrivée à la réalisation de la vérité, de quelle utilité lui est sa religion si elle n'est pas heureuse? La religion ne veut pas dire dépression et tristesse. L'esprit de la religion doit apporter le bonheur. Dieu est heureux; il est la Perfection d'Amour, d'Harmonie et de Beauté. Une personne religieuse doit être plus heureuse qu'une personne qui n'est pas religieuse. Si un individu qui professe une religion est toujours mélancolique, la religion est disgraciée; la forme en est observée, mais l'esprit en est perdu; si l'étude de la religion et du mysticisme ne mène pas à la joie et au bonheur réels, on pourrait aussi bien s'en passer, car elle n'aide pas à remplir le but de la vie. Le monde aujourd'hui est attristé et souffrant des suites de cette guerre terrible; la religion, qui répond à la demande de la vie actuelle, est cette méthode morale qui donne vigueur et vie aux âmes, qui illumine le cœur de l'homme de cette lumière divine qui est déjà présente; non pas nécessairement sous une forme extérieure (bien que pour certains une forme soit utile), mais la première nécessité est de montrer et d'exalter le bonheur qui est le désir de chaque âme. Maintenant, quant à la manière dont on pratique cette méthode de l'alchimie, le processus entier en a été expliqué par les alchimistes de façon symbolique. Ils ont dit que l'or est fabriqué à partir du mercure; la nature du mercure est d'être toujours en mouvement, mais, par un certain procédé, le mercure est d'abord immobilisé, et une fois immobilisé, devient argent; ensuite, l'argent doit être fondu, et sur cet argent fondu on verse le suc d'une certaine plante, et c'est alors que le mercure se change en or. Bien sûr, cette méthode est ici seulement esquissée, mais il existe une explication détaillée de l'ensemble du procédé. Beaucoup d'individus, ayant une âme-enfant, ont essayé de fabriquer de l'or en immobilisant le mercure et en fondant de l'argent; ils ont tenté de trouver la plante, mais ils ont été égarés; ils auraient mieux fait de travailler et de gagner de l'argent. La juste interprétation de ce procédé est que le mercure représente la nature du mental qui est toujours agité; on s'en aperçoit spécialement lorsque l'on essaie de se concentrer; le mental est comme un cheval rétif: quand on le monte, il est encore plus rétif, alors que dans son écurie il l'est moins. Telle est la nature du mental; il s'agite encore plus quand vous voulez le contrôler, il est comme le mercure, toujours mouvant. Quand on a maîtrisé le mental, par une méthode de concentration, on a fait le premier pas dans l'accomplissement d'une tâche sacrée. La prière est concentration, la lecture est concentration, s'asseoir en relaxation pour penser à un seul sujet est concentration. Tous les artistes, les penseurs et les inventeurs ont pratiqué la concentration sous une forme quelconque; ils ont consacré leur pensée à une seule chose, et en se focalisant sur un sujet unique, ils ont développé la faculté de concentration. Mais pour calmer le mental, il faut une méthode particulière; elle est enseignée par le mystique, tout comme le chant est enseigné par le professeur de chant; on en apprend le secret dans la science du souffle. Le souffle est l'essence de la vie, le centre de la vie; et le mental qui est plus difficile à maîtriser qu'un cheval rétif peut être contrôlé quand on connaît la méthode appropriée de respiration. Pour cela l'enseignement d'un instructeur est nécessaire, car depuis que la connaissance du culte mystique de l'Orient s'est répandue en Occident, on a publié des livres, et l'enseignement, qui a été préservé et considéré comme aussi sacré que la religion, a été discuté en termes qui ne peuvent pas vraiment expliquer le mystère de ce qui est le centre même de l'être de l'homme. Les gens lisent ces livres et commencent à jouer avec le souffle; et souvent, au lieu d'en tirer bénéfice, font du mal à la fois à leur mental et à leur corps. Il y a aussi ceux qui font commerce d'enseigner des exercices de souffle pour de l'argent, dégradant ainsi une chose sacrée. La science du souffle est le plus grand mystère qui existe, et depuis des millénaires, dans les écoles mystiques, il a été préservé comme un dépôt sacré. Quand le mental est sous contrôle complet, il n'est plus agité; on peut à volonté maintenir une pensée aussi longtemps qu'on le désire. Ceci est le commencement des phénomènes; quelques-uns abusent de ces privilèges, et, en dissipant ce pouvoir, avant de changer l'argent en or, ils détruisent l'argent. L'argent doit être chauffé avant de fondre; et avec quoi? Avec cette chaleur qui est l'essence divine dans le cœur de l'homme, et qui, sous forme d'amour, de tolérance, de sympathie, de service, d’humilité, d’altruisme, se manifeste en une fontaine dont l'eau s'élève et retombe en mille gouttes dont chacune peut être appelée une vertu; toutes venant de cette fontaine unique cachée dans le cœur de l'homme: l'élément d'amour. Quand il éclaire le cœur de l'homme, celui-ci montre dans ses actions, ses mouvements, les accents de sa voix, son expression, en tout, que son cœur est chaleureux. Dès le moment où cela se produit, l'homme vit réellement; il a libéré la source du bonheur qui surmonte tout ce qui est perturbant et disharmonieux: la source s'est changée en un courant divin. Après que le cœur ait été réchauffé par l'élément divin, le stade suivant est celui de la plante qui est l'amour de Dieu; mais l'amour de Dieu seul ne suffit pas, la connaissance de Dieu est également nécessaire. C'est l'absence de la connaissance de Dieu qui fait que l'homme abandonne sa religion, parce qu'il y a une limite à la patience de l'homme. La connaissance de Dieu fortifie la croyance en Dieu, et jette une lumière sur l'individu et sur la vie. Les choses deviennent claires; chaque feuille sur un arbre devient comme une page d'un livre sacré pour celui dont les yeux sont ouverts à la connaissance de Dieu. Quand le suc de la plante du Divin Amour est versé dans le cœur réchauffé par l'amour de son prochain, alors le cœur devient le cœur d'or, le cœur qui exprime ce que Dieu exprimerait. L'homme n'a pas vu Dieu, mais l'homme a vu Dieu dans l'homme; et quand il en est ainsi, alors, en vérité tout ce qui vient d'un tel homme vient de Dieu Lui-même.
* Plafond au Taj Mahal ( 1622-1653)